Le métissage industriel massif avec l'Afrique rétablit  géopolitiquement une Europe en basculation

L'Europe recherche de nouveaux partenaires pour sa croissance économique et son influence. L'Afrique souffre d'un manque structurel de perspectives d'avenir pour les jeunes, tandis que le continent est leader mondial en matières premières et de capacités en énergie verte. Facilitée par une courte distance culturelle entre les deux continents le métissage des processus et technologies industrielles européennes avec les matières premières africaines, avec ses énergies renouvelables et avec son dividende démographique offre des opportunités aux continents voisins. Ce métissage renforcera la participation de l'Afrique dans les chaînes de valeur industrielles internationales hyper- complexes et stimulera sa croissance économique durable. En écoutant la classe moyenne africaine instruite et en misant massivement sur la transformation locale de ses matières premières, il est possible de mieux lutter contre la pauvreté, les inégalités et la migration illicite, de permettre à une Europe en mutation de se réinventer en un partenaire pertinent pour l'Afrique et - avec l'Afrique - de retrouver une voix géopolitique sur la scène mondiale.

 

Le point de départ de ce document est tiré des leçons d'un projet belge sur la migration circulaire pour les jeunes professionnels africains, qui a mis en évidence : (1) l’Europe ne connaît que l'Afrique de la misère, elle ne connaît pas "l'autre" Afrique pleine d'opportunités, et (2) les résultats modestes de la coopération au développement traditionnelle au cours des trente dernières années. Voici une nouvelle approche : la création massive de partenariats directs entre des PME industrielles européennes expérimentées et leurs homologues africains bien établis. La collaboration entre ce type d'entrepreneurs favorise l'échange de compétences sans coûts significatifs. Des actions concrètes sont proposées en Belgique, en Europe et en Afrique pour bâtir une masse critique de collaborations, essentielle pour la modernisation industrielle de l'Afrique et la revitalisation de l'industrie européenne.

La collusion inhabituelle de “corps constitués” en Europe

En Europe, une collaboration remarquable se dessine actuellement entre différents groupes établis : le patronat, les ONG, les politiciens, des fonctionnaires et le monde académique. À première vue, leurs objectifs semblent divergents, mais ils défendent collectivement le statu quo de leurs institutions dans le cadre européen familier. Les universitaires se concentrent souvent sur l'étude du présent ainsi que sur la publication et la résolution des défis actuels. Cependant, on accorde peu d'attention aux scénarios plus complexes concernant le bien-être des générations futures, car ils ne peuvent être étayés evidence based.

Pendant ce temps, la transition climatique et la croissance démographique de l'Afrique voisine sont des processus qui ne connaissent pas de pause. Sans changements radicaux, ces développements pourraient constituer un danger plus grand pour les générations futures en Europe que les ambitions territoriales d'un tsar russe ou d'un lauréat de la paix américain autoproclamé. 

Les défis structurels de l’Europe

Chaque année, vingt millions de jeunes Africains à la recherche d'une perspective

L'Europe est confrontée à d'énormes défis, tels que la transition énergétique, les déficits publics et le vieillissement de la population. Surtout son industrie énergivore est confrontée à des défis structurels. Les institutions européennes établies restent aveugles au déclin quasi inévitable des industries à forte intensité énergétique dans les régions où la capacité de production d'électricité verte abordable est limitée. Il en va de même pour les risques de nouvelles catastrophes naturelles non assurables telles que les bombes à eau, les incendies de forêt et les tsunamis. Le fait que les solutions technologiques telles que la capture de CO₂ et les nouvelles énergies nucléaires sont financièrement inabordables ne semble pas non plus atteindre ces ‘corps constitués’. De plus, il est crucial que l’Europe se réalise que chaque année, vingt millions de jeunes entrent sur le marché du travail en Afrique, dont 85% ne trouvent pas une perspective décente dans leur propre pays. Tous cela représente des défis structurels pour l'Europe.

L'Afrique est bénie d'une population jeune, de 60% des terres arables du monde, de la plus grande zone de libre-échange au monde en cours de développement, du deuxième poumon vert au monde, de matières premières abondantes - y compris stratégiques pour le climat - et du potentiel de produire 35 % de l'électricité verte mondiale. Un métissage industriel Afrique-Europe peut surmonter les défis et créer un avenir prospère pour les deux continents. Sans cette coopération, l'Europe risque de rester à la traîne dans l'économie mondiale.

Le potentiel énergétique vert de l'Afrique

L'Afrique dispose de 35% de la capacité mondiale de production d'électricité verte grâce à des technologies éprouvées, abordables et assurables, à un cinquième du coût par gigawatt de l'électricité nucléaire ‘grise’. De l'hydrogène vert (GH₂) peut y être produit à 2 € par kilo. L'Europe, en revanche, ne dispose que d'un maigre 1% de cette capacité.  Investir en Afrique dans ces sources d'énergie permet non seulement de réduire les émissions de CO2, mais aussi de fournir une énergie bon marché, fiable et durable à l'industrie africaine. Cela fait de l'Afrique un partenaire attrayant pour les entreprises européennes à la recherche d'une énergie non fossile abordable et d'un nouveau marché en croissance.

Le rôle de la vaste classe moyenne instruite africaine et consciente de ses droits

La vaste classe moyenne africaine instruite, aussi dans les pays subsahariens moins stables, est convaincue que seule la transformation locale de leurs matières premières en produits et services à haute valeur ajoutée et exportables peut permettre de réduire la pauvreté, la migration forcée, les inégalités et le manque de bonne gouvernance.

Dans une collaboration avec l'Afrique, il est important d'écouter les besoins cette classe moyenne, consciente de ses droits et à la recherche d'un emploi décent. Ce sont les futurs décideurs ou influenceurs. Ils connaissent le mieux les défis et les opportunités de l'Afrique.

Les entrepreneurs européens établis sont familiers avec la complexité des chaînes de valeur industrielles internationales. La diplomatie joue un rôle crucial dans la construction de la confiance et la création d'un environnement stable pour les investissements. L'Occident doit, en priorité absolue, se débarrasser de l'ancienne image de l'aide au développement et plaider pour un partenariat industriel avancé, dans lequel les deux continents remportent des gains équilibrés.

Transformer sur place des matières premières africaines

Grâce au transfert massif de l'expérience européenne dans les chaînes de valeur industrielles vers l'Afrique, l'Europe assite l’Afrique que les matières premières extraites en Afrique soient également transformées localement en produits finis et semi-finis destinés à l'exportation ; une économie agroalimentaire et manufacturière productive qui stimule l'émergence d'une large gamme de services de soutien. Ensemble, l'économie productive et les services associés créent chaque année des millions d'emplois dans une économie formelle.

Les opportunités pour les jeunes africains

Chaque année, vingt millions de jeunes entrent sur le marché du travail africain, mais à peine trois millions trouvent un emploi. En transférant une expérience pratique industrielle avancée vers l'Afrique, l'Europe peut s'assurer qu'ils acquièrent les compétences nécessaires pour travailler dans de nouvelles industries compétitives qui émergent grâce à la coopération internationale entre continents proches sur le plan culturel. Cela leur offre une perspective d'avenir et contribue au développement économique inclusif et durable de l'Afrique.

La  TYRANNIE DU PRÉSENT maintient l’Europe et l’Afrique aveugles aux nouvelles tendances pleines d’espoir

Tant en Europe qu’en Afrique, les autorités et les entrepreneurs s’efforcent d’obtenir des résultats à court terme (réélection, retour sur investissement, la protection du cluster chimique d’Anvers, …). Ils ne pensent pas au bien-être de leurs petits-enfants. "L’Afrique, le marché de croissance de l’avenir" est considéré politiquement par la plupart comme un avenir lointain. "Les solutions à court terme évincent l’action à long terme"

Il est remarquable qu’un certain nombre d’experts de l’Afrique - même des diplomates - ayant des années de connaissance du terrain (ONG, fonctionnaires à l'exportation, bénévoles) ne semblent pas conscients des résultats médiocres de trente ans d'aide au développement et d'innombrables missions économiques en Afrique. Ils opèrent souvent dans des chambres d'écho de personnes partageant les mêmes idées: des financiers averses au risque, des universitaires dans leurs tours d'ivoire et hyper-spécialisés dans un seul sous-domaine de la société, des diplomates qui évitent les confrontations, des consultants axés sur des conseils rapides et des politiciens soucieux de leur réélection.

Ces experts dominent le paysage médiatique et les politiques, mais manquent l'expérience en matière d'entrepreneuriat industriel à risque. Ils prennent rarement le temps d'examiner pourquoi certains pays en développement réussissent et d'autres non, ou d'écouter la classe moyenne africaine de plus en plus affirmée,  hautement instruite et consciente de ses droits. Celle-ci accuse ses anciens colonisateurs d'hypocrisie en matière de droits de l'homme et de gouvernance, surtout lorsque l'occident achète les matières premières africaines aux prix du marché mondial qu'il détermine lui-même.

UNE OPPORTUNITE UNIQUE POUR L'EUROPE : "CONNECTING THE DOTS"

Un partenariat stratégique entre l’Europe et l’Afrique

La collaboration étroite entre l’Europe et l’Afrique représente une occasion sans précédent pour le continent européen. En favorisant un métissage massif des processus et des technologies industriels occidentaux et africains, et en valorisant l’innovation frugale propre à l’Afrique, l’Europe peut tirer parti des connaissances africaines du marché, de la culture et de la gouvernance. Cette approche permettrait de créer de nouveaux liens d’partenariat et de coopération mutuellement bénéfiques entre les deux continents.

Des perspectives d’innovation conjointe

Cette collaboration ouvre la voie à des innovations partagées, permettant le développement de produits et services à la fois plus respectueux du climat et plus facilement recyclables. En misant sur les complémentarités, ces innovations seraient destinées au marché mondial et pourraient être conçues aussi bien en Europe qu’en Afrique. Ce partenariat aurait également un impact concret sur l’emploi, avec la création annuelle de 20 millions d’emplois formels en Afrique, ainsi que la création en Europe d’un nombre d’emplois supérieur à celui des emplois perdus dans les industries énergivores délocalisées vers l’Afrique.

Renforcer l’économie et la position géopolitique de l’Europe

La coopération avec l’Afrique donne à l’Europe une opportunité unique de revitaliser son économie et de consolider sa position géopolitique dans un contexte mondial en mutation. Le métissage massif des processus et technologies industrielles entre ces deux continents, caractérisés par des habitudes et des besoins différents mais une courte distance culturelle, favorise la sérendipité. Ce phénomène permet de découvrir, parfois par hasard, de nouveaux produits et services utiles à l’échelle internationale.

Vers un avenir prospère et un partenariat égalitaire

La démarche "Connecting the dots – Relier les points" permet d’envisager un avenir prospère pour l’Europe et l’Afrique. Cependant, cela implique d’adopter une nouvelle façon de penser et d’établir un partenariat véritablement égalitaire. Grâce à cette coopération et à la proximité culturelle entre les deux continents, l’Europe peut retrouver une voix géopolitique forte sur la scène internationale, en s’appuyant sur un partenariat renouvelé avec son voisin africain.

ACTIONS

EUROPE

AFRIQUE

En Belgique

Cent soirées de débat "Changement de mentalité". À partir de 2026, le gouvernement belge affectera dix des 1 500 employés d'ENABEL pour organiser cent soirées de débat « whole-of-society » dans tout le pays. Thèmes : "L’Afrique n’est pas celle que vous croyezet "L’Europe a besoin de l’Afrique plus que l’inverse". Objectif : (1) susciter un large changement de mentalité et (2) cent PME belges établies recherchent un partenariat mutuellement bénéfique avec un pair africain. Le coût de cette action est négligeable : le personnel d'ENABEL est déjà budgété ; les villes et communes mettent gratuitement à disposition leurs salles de réunion pour cet événement d'intérêt public.

En Europe :
tous les pays suivent l'exemple visonaire de la Belgique.

En Afrique
(le Sénégal comme pays pilote)

La Belgique finance pendant douze mois une équipe mixte de cinq jeunes diplômés sénégalais en master de gestion d’entreprise et en génie industriel, qui, par le biais de recherches documentaires, examinent pourquoi certains pays en développement réussissent et d’autres non. Ces cinq jeunes animeront dès 2026 une campagne de sensibilisation à grande échelle sur le thème « Entrepreneur africain, osez partager votre rêve avec un partenaire international ». Résultat attendu : une masse critique de cent PME sénégalaises établies recherchent des partenariats avec des collègues étrangers expérimentés et combinent leurs compétences dans des chaînes de valeur internationales avancées. Le coût de cette action : une fraction des budgets que la Belgique consacre à la zone industrielle Agropole-Centre.

Economie Circulaire du Savoir-Faire Afrique-Europe

 

05/01/2026  karel.uyttendaele {@} pandora.be