Sénégal 22/08/2026

Industrialisation verte: mythe ou réalité?

Par Oumar FEDIOR

Réaction à, renforcement d''un article paru le 12/08/2026 dans le quotidie sénégalais "LE SOLEIL"


Gagner en compétitivité pour créer des emplois formels... sans davantage abîmer la planète.

Le succès de l'économie sénégalaise et africaine dépend d'une intégration RAPIDE et MASSIVE de leurs PME éprouvées dans les chaînes de valeur industrielles internationales.


En effet, comment transformer davantage les ressources locales, gagner en compétitivité tout en polluant moins ?

L'Afrique bénéficie d'une abondance de matières premières et de terres rares stratégiques pour le climat, de 50 % des terres arables mondiales, 50 % du potentiel solaire mondial et 35 % du potentiel mondial de production d'hydrogène vert à 2 €/kg. L'Afrique sera bientôt le plus grand marché de libre-échange au monde, représentant un tiers de la population active – et instruite – du monde.

Il est regrettable que, même aujourd'hui, comme à l'époque coloniale, le reste du monde fait toujours appel à l'Afrique comme réservoir de matières premières pour lui apporter de la valeur et créer des millions d'emplois décents. Le reste du monde empêche ainsi l'Afrique d'intérioriser le savoir-faire nécessaire des chaînes de valeur industrielles internationales complexes et compétitives.

Chaînes de valeur internationales

Depuis plus de trente ans, avec l'essor de la Chine et d'Internet, les PMI européennes ont ressenti le besoin et saisi les opportunités de partager connaissances, savoirs et compétences pour une industrialisation productive et compétitive à l'échelle internationale grâce aux moyens de communication d'internet.

Elles se sont spécialisés comme un maillon de premier ordre dans une ou plusieurs chaînes de valeur industrielles internationales ou ont évolués comme chefs d’orchestre d'une chaîne de valeur compétitive à l'échelle mondiale. Le succès des économies sénégalaises et africaines dépend d'une intégration RAPIDE et MASSIVE de leurs PME éprouvées dans les chaînes industrielles internationales.

Peu de pays africains produisent des produits (semi-)finis et/ou plus respectueux du climat ou recyclables pouvant être exportés. Cela limite l'acquisition des compétences nécessaires au succès des partenariats internationaux, remet en question la capacité des PME africaines à s'intégrer rapidement dans des chaînes de valeur internationales complexes, ainsi que leur capacité à inventer et produire des produits compétitifs et plus respectueux du climat ou recyclables.

Le véritable savoir-faire des chaînes industrielles repose sur une expérience de terrain à long terme, et non sur la formation académique, le soutien des incubateurs d'entreprises, des zones industrielles ou des consultants externes. L'intégration massive et urgente des PME africaines permettra d'apprendre à créer de la valeur, à choisir judicieusement leurs partenaires, à protéger leurs compétences et à renforcer leur position en tant qu'entreprise leader au sein d'une chaîne de valeur.

Avantage pour l'Europe ?

Partager le savoir-faire industriel international au niveau des PME établies est le moyen le plus rapide et le plus efficace pour réaliser une percée dans l'industrialisation moderne de l'Afrique, contournant les goulets d'étranglement financiers, bureaucratiques et culturels et créant une valeur locale directe. Les partenaires doivent se faire confiance pour construire un partenariat équilibré et durable avec un bénéfice mutuel. Ils doivent être capables de se parler, de se regarder dans les yeux et de se comprendre. Un avantage pour l'Europe ?

La sérendipité

Une masse critique de mille partenariats afro-européens issus de différentes cultures, expériences et compétences – la production frugale africaine!  - stimule la sérendipité, tomber par hasard sur des produits et services innovants utiles partout dans le monde et susceptibles d'être plus respectueux du climat et plus recyclables.

Industries énergivores

La transition climatique oblige les industries à forte intensité énergétique – sidérurgie, pétrochimie, cimenteries, recyclage de produits électroniques – à utiliser l'énergie verte. L'Afrique bénéficie du potentiel d'une abondance d'énergie verte. L'Europe a développé des connaissances avancées pour la transformation verte des matières premières et le recyclage écologique, mais elle est freinée par le coût de ses énergies renouvelables. Transférer ces connaissances européennes de la transformation écologique vers l'Afrique favorise l'industrialisation fondamentale de l'Afrique sans nuire à la planète.

Deux actions concrètes qui stimuleront l'industrialisation de l'Afrique et sauveront la planète entière

  1. Mille partenariats entre l'UA-UE et les PME. Les gouvernements européens devraient informer et encourager une masse critique de PME industrielles européennes expérimentées sur les raisons et les moyens de partager les compétences industrielles en tant que « gagnant-gagnant » avec leurs homologues africains. Les PME de l'UE apportent leur expérience dans le partenariat de chaînes de valeur industrielles complexes à l'innovation frugale des PME africaines, à leur connaissance du marché africain émergent, ainsi qu'à leur savoir-faire administrative et culturelle.
  2. Encourager les géants européens experts dans la production d'électricité verte (éolien, hydroélectricité, solaire, géothermie), de la pétrochimie verte, de la sidérurgie et du recyclage à transférer leurs connaissances écologiques en Afrique.

Les entreprises européennes qui contribuent à l'industrialisation moderne et durable de toute l'Afrique seront parfaitement positionnées pour accéder aux marchés de demain. Ils empêcheront la migration illégale et seront un symbole de la coopération stratégique afro-europénne.

Karel Uyttendaele (Belgique)

Economie Circulaire du Savoir-Faire Afrique-Europe


Le Décodeur - COMPRENDRE LES TERMES DE L’ÉCO - mercredi 12 août 2026

Industrialisation verte : mythe ou réalité ? (par Oumar FEDIOR)

https://lesoleil.sn/le-decodeutr/industrialisation-verte-mythe-ou-realite-par-oumar-fedior/

Produire plus, créer des emplois, gagner en compétitivité… sans davantage abîmer la planète. Le pari peut sembler difficile à tenir. C’est pourtant l’une des grandes équations auxquelles sont confrontées les économies qui veulent accélérer leur industrialisation. Au Sénégal, où l’ambition est de transformer davantage les ressources locales et de créer plus de valeur ajoutée, l’industrialisation verte apparaît de plus en plus comme une nécessité.

Mais derrière cette expression devenue familière se cache une réalité très concrète : comment produire mieux tout en consommant moins et en polluant moins ? L’industrialisation verte désigne une nouvelle manière de penser et d’organiser la production industrielle. Elle ne signifie pas qu’il faudrait renoncer aux usines, aux machines ou à la croissance industrielle. Bien au contraire. L’objectif est de rendre l’industrie plus productive, plus compétitive et plus économe en ressources, notamment en énergie. Une entreprise qui s’engage dans cette voie peut, par exemple, remplacer des équipements vieillissants et très énergivores par des machines plus performantes. Elle peut réduire sa consommation d’eau, limiter ses déchets, recycler certaines matières premières ou encore recourir davantage aux énergies renouvelables. Le principe est simple : produire davantage de valeur avec moins de ressources et moins d’impact sur l’environnement.

Prenons le cas d’une usine. Si elle modernise ses équipements, elle peut produire davantage tout en réduisant sa consommation d’électricité. Si elle installe des panneaux solaires, elle peut diminuer sa dépendance aux combustibles fossiles. Si elle récupère et réutilise une partie de l’eau nécessaire à sa production, elle réduit ses coûts tout en préservant une ressource précieuse. La dimension environnementale rejoint ainsi directement la question économique. Être plus vert peut aussi signifier être plus compétitif. Une entreprise qui gaspille moins d’énergie et de matières premières réduit ses charges. Elle peut donc améliorer sa productivité, renforcer sa compétitivité et, à terme, mieux résister à la concurrence. Cette transformation concerne également les déchets.

Dans une logique d’économie circulaire, ceux-ci ne sont plus nécessairement considérés comme une fin de parcours. Ils peuvent devenir une nouvelle matière première. Recycler, réutiliser, réparer ou valoriser les déchets permet ainsi de limiter le gaspillage et de créer de nouvelles activités économiques. Pour le Sénégal, l’enjeu est particulièrement important. Le pays veut accélérer son industrialisation, développer la transformation locale de ses matières premières et générer davantage d’emplois. L’industrie verte offre la possibilité de poursuivre cette ambition sans reproduire certains modèles industriels fortement dépendants des énergies fossiles et des ressources naturelles.

oumar.fedior@lesoleil.sn 


15/08/2026  karel.uyttendaele  @  pandora.be

Karel Uyttendaele (Belgique)

2006-2026 Burkina Faso, Burundi, Guinée équatoriale, Côte d'Ivoire, Cameroun, Mali, Niger, Sénégal: 900+ interviews d'ingénieurs locaux, économistes, agronomes - 150+ débats « L'industrialisation de l'Afrique »

Ancien directeur de l'unité politique du Secrétaire d'État aux TIC (Belgique)

Ex-Agoria, fédération des industries technologiques de Belgique

Ex-Hewlett-Packard Asie S-E

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